mercredi 3 mai 2017

Migos, l'étendard d'une culture


Les Rois Mages, Le bon la brute et le truand, Les trois mousquetaires, les trois neveux de Donald Duck ou encore Nirvana. Dans la culture historique, populaire, cinématographique ou littéraire, les trios ont toujours été des membres éminents d’une époque, d’une œuvre ou d’une culture en général. En 2017, la trap est en pleine révolution industrielle. Jamais elle n’a autant trusté le sommet des charts. D’horribles individus sortis tout droit des recoins les plus sombres d’Atlanta, Memphis ou encore Chicago toisent l’industrie musicale du haut d’un billboard sur lequel ils ont la mainmise. C’est enfin l’heure du couronnement pour les Migos.
Généralement rattachés à Atlanta, c’est d’un peu partout en Géorgie (Athens et Lawrenceville) que viennent Takeoff, Offset et Quavo, les trois membres de Migos. Commençant à rapper en 2009, il leur faut peu de temps pour trouver la recette d’une trap efficace, piochant dans le meilleur de Project Pat, Lord Infamous et globalement toute l’école Three 6 Mafia du sud. Faussement affublés de l’invention du fameux flow saccadé et rapide repris partout dans le monde, Migos inonde les clubs de ses premiers tubes, "Versace", "Hannah Montanah" et "Bando". S’en suit alors une longue période où les mixtapes pleuvent (tout de même 14 sorties entre 2013 et 2016) mais durant laquelle le trio a du mal à passer un cap musicalement.

C’est en fait culturellement qu’ils vont s’inscrire dans la durée, en devenant vraiment le symbole de ce rap des années 2010 dans tout ce qu’il a de bon et de mauvais. Nous avons cité le fameux « triplet flow », comment ne pas parler de l’appropriation du phénomène du dab, via le single "Look at my dab", ultime illustration de cette capacité d’un morceau à devenir culte de par les « mèmes » qu’il engendre. Et plus globalement, on peut parler du mode de production ultra consumériste et ce besoin de produire perpétuellement de la nouveauté, quitte à ce qu’un projet soit écouté deux fois avant de finir dans la corbeille. La recette était simple : faire en sorte d’avoir constamment une actualité musicale, quitte à ce qu’elle soit éphémère, tout en s’inscrivant dans la durée, dans la culture populaire, grâce à leur capacité phénoménale à produire des hits.
Il a fallu plus d’un an entre Young Rich Niggas 2, qui était probablement leur projet le plus abouti jusque-là, et Culture. Durant cette année, on a surtout entendu Quavo. Entre inédits solos et apparitions sur divers projets, notamment son remarqué refrain sur Good Drank avec Gucci Mane et 2 Chainz. À l’orée de la sortie de Culture, on pouvait craindre que l’aîné du clan (il est l’oncle d’Offset et le cousin de Takeoff) ne prenne le pas sur ses deux compères. Des craintes rapidement estompées dès la publication de "Bad and Boujee". Le tour de force est sans précédent. Prouvant encore une fois leur maîtrise de la production de hit, Migos (bien aidés par Metro Boomin il est vrai) parvient à faire d’un morceau de presque six minutes, sans clip particulièrement original ou extravagant, et avec un invité tout à fait négligeable, un numéro un du billboard, et probablement l’un des plus gros singles tous genres confondus cette année. Et surtout, il est totalement sublimé par Offset, membre le plus en retrait du groupe (car longtemps emprisonné) jusque-là. Et c’est là que réside une des grandes forces de l’album. Chaque membre est parvenu à se créer une identité bien distincte des deux autres. Alors qu’on a souvent pu dire « qu’ils étaient nés pour rapper ensemble », soulignant leur complémentarité, ou pire que « ce n’est pas le meilleur rappeur » pour citer un sinistre personnage, ils sont cette fois parvenus à allier cette complémentarité à des identités propres à chacun (on pouvait en apercevoir les bribes sur Young Rich Niggas 2 déjà, mais pas de cette ampleur). Offset, le truand, multipliant les allers-retours en prison se pose dans le rôle de la caillera. Takeoff, à qui le fameux flow est généralement attribué, peut être considéré comme la brute technique (un peu tiré par les cheveux mais c’est pour le bien de la métaphore). Quant à Quavo, son évolution en tant que « faiseur de refrain » peut le faire passer pour le bon, même si dans la jungle d’Atlanta, tout est relatif.

L’autre grande qualité de l’album se trouve dans sa musicalité. Alors que l’on avait souvent affaire à des projets à peine mixés, très inégaux musicalement malgré la participation active de Zaytoven, Culture est un bijou à ce niveau. Sur les 13 titres de l’album se croisent Zaytoven (encore), évidemment Metro Boomin, Nard & B ou encore l’immense Cardo, pour rendre une copie parfaite. Tout est à sa place, rien n’est disproportionné, et on a droit à des très grands moments comme la production de "Deadz" sur laquelle 2 Chainz fait une apparition remarquée. Nous pouvons aussi souligner la cohérence de l’album. Il est plutôt plaisant en 2017 d’avoir un album sans fioritures, skits insupportables et dénués de sens, ou autres interludes loufoques. Culture contient 13 pistes, et ces 13 pistes sont tous des morceaux de rap de 2 minutes 30 au moins. Dans le reste des meilleurs titres, nous citerons encore "What the price", "Out yo way" et "Kelly Price" (avec Travi$ Scott) qui prouvent plus que jamais la qualité peut-être sans égal sur la scène actuelle des refrains de Quavo.
Nous aimerions de tout cœur pouvoir dire que le principal défaut de l’album sont les apparitions de DJ Khaled dans l’introduction. Malheureusement, s’il n’y a pas de morceaux foncièrement mauvais, certains morceaux se placent clairement en dessous du lot. En particulier "Slipperyqui ne nous a pas du tout emballé, d’autant plus que Gucci Mane apparaît en guest star de choix. Et bien que devenu un tube planétaire, "T-shirt" est clairement en dessous du reste de l’album, souffrant terriblement de la comparaison avec l’autre gros single de l’album.
Culture n’est pas forcément le meilleur album de rap des dernières années. Il n’en demeure pas moins une sortie importante, à classer dans la catégorie des Dirty Sprite 2 et To pimp a butterfly tant l’influence de Migos est importante aujourd’hui. On a parfois l’impression qu’on a eu droit à une forme de tour d’honneur avant les départs définitifs en solo. Une idée avec laquelle le titre entre en résonance, comme un héritage laissé tel quel, d’une demi-dizaine d'années de règne et d’influence sur cette fameuse culture.

Robin van Persie, dernier maître du temps


Il est à peu près 16h45 dans l’Arena Fonte Nova de Salvador, capitale de l’Etat de Bahia sur la côte est de l’Amérique du Sud. Sous un soleil de plomb, l’arbitre italien M. Nicola Rizzoli s’apprête à renvoyer les deux équipes aux vestiaires. Le scénario en cours était attendu. L’Espagne, championne du Monde et double championne d’Europe en titre mène tranquillement 1-0 face aux Pays-Bas grâce à un penalty de Xabi Alonso. La revanche de la finale de 2010 est pour l’instant assez décevante, opposant une équipe dont la moitié montre encore des traces de son long parcours en Ligue des Champions, l’autre encore maquée de sa saison désastreuse à la jeune bande de van Gaal réorganisée en 3-5-2 car orpheline de sa clé de voûte Kevin Strootman. Pas de surprise donc. Mais à la 44ème minute, Daley Blind envoie un centre depuis le milieu de terrain. Trop haut, trop loin, ou plutôt trop parfait. Le futur Mancunien sait pertinemment qu’il n’existe qu’un seul joueur dans le monde capable de reprendre ce centre. Le beau Robin, brassard bien accroché, s’envole dans le ciel brésilien et amorce par ce trait de génie une des mi-temps les plus légendaires de l’histoire de la Coupe du Monde qui verra la Hollande enterrer l’Espagne 5-1.

La carrière de Robin Van Persie, fils d’un couple d’artistes, peut se résumer en trois actes : coups de génie, coups de sang et coups du sort. Les coups de sang, il les pratique dès le plus jeune âge, comme lorsqu’il quitte le centre de formation de l’Excelsior Rotterdam pour le prestigieux voisin du Feyennord, pour mauvaises relations avec le staff. En ce temps-là, il est encore un jeune ailier prometteur comme le pays de Rembrandt en produit des douzaines. Après une Coupe UEFA remportée en 2002, ses relations avec Bert Van Marwijk (qu’il retrouvera à partir de 2008 en sélection néerlandaise) se détériorent. Ce qui le pousse en 2004 à rejoindre les invincibles d’Arsenal où Wenger espère le voir devenir le nouveau Bergkamp. Rien que ça. Expulsé à ses débuts contre Southampton, il est mis sur le banc par l’Alsacien. C’est seulement après la blessure de Thierry Henry que Wenger le replace au poste d’attaquant.

Van Persie aurait pu être un joueur des plus communs. Un gamin issu de la formation néerlandaise avec un égo plus grand que le talent qui finira les ailes brûlées. Sauf que du talent, le jeune Robin en a à revendre. Et les ailes qu’il dirige de ses longs bras sont solides. Il attendra patiemment son heure, et les départs de Bergkamp à la retraite et de Thierry Henry et Emmanuel Adebayor vers des cieux plus métalliques. Mais c’est là que le sort frappera ses premiers coups. Alors qu’il démarre la saison 2009-2010 en tant que titulaire avec 6 buts inscrits en 10 matchs, une entorse à la cheville le stoppe dans son élan. Même son de cloche lors de l’ouverture de la saison suivante. Mais cette fois, le retour sera le départ. Début novembre, il entame sa nouvelle carrière. Il passe du statut d’éternel espoir à celui d’attaquant le plus élégant du monde, distribuant ses coups d’éclats par dizaines. Il inscrit 35 buts en 36 matchs de championnat sur l’année civile 2011, se fait expulser injustement en 1/8ème de finale de Ligue des Champions alors qu’Arsenal était qualifié et étale enfin sa grâce à la face du monde.  Mais le meilleur est encore à venir.

Après un titre de meilleur buteur mais une nouvelle saison blanche des Gunners (la 7ème consécutive), Robin assassine froidement les fans d’Arsenal en signant chez le rival mancunien. Galvanisé par un Ferguson dont il pleure encore le départ, le néerlandais est l’auteur d’une saison comme rarement on en aura vu de la part d’un avant-centre. David De Gea réalisant sa première très grande saison sur les rives de l’Irwell, le Manchester United 2012-2013 confirme mieux que n’importe quelle autre équipe le dicton qui veut qu’ « une équipe c’est surtout un grand gardien et un grand buteur, le reste étant du remplissage ». Il fera des pelouses britanniques son jardin, multipliant les buts exceptionnels de toutes les parties du corps, lui à qui l’on reprochait de ne marquer que de son extraordinaire pied gauche. D’un hat-trick parfait qui sauve les siens à Southampton, à celui face à Aston Villa (comprenant son chef d’œuvre absolu, cette fameuse reprise de volée à l’entrée de la surface de réparation sur l’ouverture magistrale de Wayne Rooney) qui donnera le titre aux Red Devils en passant par ce coup-franc de dernière minute qui fait gagner le derby, il règnera en maître sur la perfide Albion. A jamais floqué sur son maillot, il sera le symbole de ce vingtième titre glané par les Mancuniens. Ferguson ne regrettera jamais d’avoir fait une entorse à sa règle qui voulait qu’il ne recrute aucun joueur de plus de 26 ans. Mais après un treizième titre de champion d’Angleterre, l’Ecossais abandonne son enfant chéri aux mains d’un autre, nettement moins prestigieux. S’il rappellera encore par à-coups quel merveilleux pied gauche il possède comme son triplé face à Olympiakos qui qualifie son équipe pour les ¼ de la Ligue des Champions ou son doublé qui offre le Community Shield (dernier trophée en date) à Manchester United, le sort envoie de nouvelles salves. Il traversera ses deux dernières saisons comme ses premières saisons londoniennes, entre blessures et coups de génie, malgré le fait d’avoir retrouvé Van Gaal qui en avait fait son capitaine de la sélection quelques mois auparavant.

C’est après une saison traversée comme un fantôme et des prétendues prises de bec avec le pélican que le pied gauche de Van Persie s’envolera vers la Turquie et Fenerbahçe où il a été reçu comme une rockstar. Là-bas, il peut jouer en marchant, mettre deux joueurs dans le vent par deux crochets en restant sur place, marquer des 30 mètres, faire parler son jeu de tête grisonnant et affronter son grand copain Wesley Sneijder dans des derbys dont la passion défie tout sens commun. Il est la star qu’il a été et qu’il n’était plus. Et tant pis s’il gardera à jamais cette étiquette de « joueur de petits matchs ». Ce paradoxe qui définit sa carrière avec la sélection dont il est le meilleur buteur sans avoir jamais marqué dans un match à élimination directe en est l’illustration parfaite.

Au final, le beau Robin n’aura certainement pas eu une carrière à la hauteur de son talent, comme beaucoup de footballeurs néerlandais. Son palmarès maigrelet (Une coupe UEFA, un titre de champion d’Angleterre, une Cup et deux Community Shield) en club où il a été un héros contraste avec un palmarès des plus honorables (Une finale et une troisième place en Coupe du Monde) en sélection où il ne s’est jamais muté en sauveur. Avec un physique plus solide et un égo moins gros, Robin Van Persie aurait certainement eu une autre carrière, probablement plus garnie au niveau du palmarès. Mais les choses étant ce qu’elles sont, il n’a jamais été possible pour lui de s’imaginer au service d’un autre joueur. Il devait être le roi de son royaume aussi petit soit-il. En 2014, il n’a pas porté les Pays-Bas en demi-finale, mais reste son meilleur buteur. Van Gaal lui ayant confié le brassard, il pouvait laisser l’animation offensive à Robben, ce que n’a pas su faire Bert van Marwijk lors du désastre collectif de 2012. Mais Robin restera immortel. Ses buts resteront au panthéon du football et ses déplacements à montrer à tous les attaquants. A jamais les ailes de l’albatros continueront de battre.

Damso et la quête de l'ipséité

L’ipséité est un terme philosophique qui décrit ce qui fait qu’une personne est unique et totalement distincte d’une autre. Découvert en 2015 sur Nero Nemesis, le bruxellois Damso est depuis devenu la figure de proue du 92i, et très largement le poulain le plus talentueux de l’entrepreneur boulonnais. L’an dernier sortait Batterie faible, disque noir qui dressait un portrait glacial d’un personnage sans émotion, entre le terrible récit véridique d’« Amnésie » et un quotidien rythmé par la drogue, l’alcool et les femmes de petite vertu, ambiancé par de puissantes caisses claires. Batterie faible était un ensemble cohérent, une carte de visite efficace et une parfaite rampe de lancement pour un artiste aspirant au sommet du rap francophone, malgré quelques maladresses textuelles. Un an plus tard, nous voilà avec Ipséité, premier véritable album du Belge, devant servir de point de référence pour la suite de son évolution artistique, et surtout devant lui offrir cette fameuse ipséité, à savoir, se défaire de la gigantesque ombre de celui dont il est le protégé.
Quelque chose était particulièrement notable sur Batterie Faible au niveau de la forme. Damso chante. Et Damso chante plutôt bien et mieux qu’énormément de rappeurs qui s’y sont essayés. "Graines du sablier" et "Autotune" étaient des modèles du genre, avec une dose d’autotune souvent très juste. Le Bruxellois a parfaitement su exploiter cette qualité sur Ipséité. Que ce soit en couplet ou en refrain, sur des rythmiques aussi différentes que celles de « Mosaïque solitaire », « Signaler » ou « J Respect R », pratiquement chaque morceau a son petit passage chantonné, ce qui pourrait nous faire croire qu’à long terme, l’avenir musical de Damso pourrait parfaitement se dessiner loin du rap. Cette qualité de voix lui permet ainsi de s’essayer à différentes ambiances. Puisqu’un album doit se vendre, on a forcément quelques sons calibrés pour les boîtes de nuit (« Signaler » et « Lové » qui ont un très gros potentiel de tube de l’été). A côté, Damso a choisi de prendre son monde à contre-pieds. Alors qu’il est devenu presque obligatoire de passer par la case « afro-trap » pour un rappeur visant un large public, le Belge a choisi de prendre une musique africaine traditionnelle pour chanter l’excellent « Kin la belle » qui ne manquera pas d’ambiancer les plages méditerranéennes cet été.

Mais Dem's ne fait pas que chanter des tubes de l’été sur Ipséité. Le Bruxellois a déjà prouvé que le rap était une pratique qu’il maîtrisait plutôt bien. Dans cette optique, Damso n’a pas énormément évolué, restant campé sur les flows qui ont fait le succès de Batterie Faible. D’un côté cette façon d’asséner les mots de manière très régulière et directe avec des rimes alternant entre deux et trois syllabes, que l’on retrouve notamment dans « Gova », et de l’autre une tendance à jouer de sa voix autotunée, en mettant plus d’impact sur les fins de lignes, comme sur « J Respect R », l’un des meilleurs morceaux du disque. La diction est claire et la rythmique n’est pas saccadée. Là où le bât blesse, c’est dans la formulation de certaines phrases, très similaire à celle que Booba utilise (la façon de ne pas utiliser le déterminant, et d’utiliser le passé simple), qui est parfois très dérangeante, surtout sur un album dont le titre suggère l’exaltation d’une personnalité artistique unique et distincte du reste.
Ce n’est pas au niveau textuel que l’on attendait particulièrement Damso. Sur Batterie faible, le Belge parlait beaucoup de drogue, d’alcool et de sexe. La donne a quelque peu changé. La drogue, l’alcool et le sexe ne constituent pas, comme sur Batterie faible, le thème principal mais apparaissent plutôt en fil conducteur des états d’âme du Bruxellois qui constituent le véritable leitmotiv de l’album : la crainte, la paranoïa et la solitude, évoquées notamment dans l’excellent « Mosaïque solitaire » ou « Dieu ne ment jamais ». En ce sens, Damso franchit un réel pallier artistique, en ne campant pas sur le personnage élaboré sur Batterie faible, mais en sachant diversifier son propos. On notera également qu’il évoque sa paternité sur « Peur d’être père », et qu’il s’essaie au story-telling fictif (on l’espère en tout cas) avec le morceau OVNI de l’album « Une âme pour deux », que l’on se gardera d’expliquer.

Musicalement, la gamme est particulièrement étoffée par rapport à l’ambiance très monochrome de Batterie faible. On a parlé précédemment des titres que l’on qualifiera d’exotiques. L’ambiance a beaucoup gagné en douceur, avec un piano prédominant sur plusieurs morceaux (« #Quedusaalvie », « Mosaïque solitaire »). Globalement, on est beaucoup plus dans les aigus que sur Batterie faible. On retrouve avec plaisir l’étoile montante du beatmaking français BBP, qui signe l’une des meilleures productions du disque avec « J Respect R ». Au final, l’album ne comporte que deux véritables bangers « bêtes et méchants » avec les très bons « Noob Saibot » et « Gova ». On saluera également l’excellent travail de Jowell et NKF qui mettent particulièrement en valeur « Une âme pour deux », avec une production qui se serait presque suffise à elle-même.
Ipséité avait pour ambition d’asseoir Damso en tant qu’artiste complet, confirmé et prêt à s’envoler vers les sommets sur rap francophone, loin de son mentor. L’objectif n’est qu’à moitié atteint. Dem’s continue à parler de lui, de sa vie, en se dévoilant plus que sur Batterie faible, et en assumant totalement le côté « chanson française » que peut avoir son rap, en jouant énormément de sa voix qui est une qualité déterminante. Malgré tout l’ombre de Booba plane toujours. Que ce soit dans le propos ou dans la formulation, on a parfois l’impression d’entendre le Duc sur certains passages. Cela n’enlève rien à la qualité intrinsèque de l’album qui est considérable, et qui montre bien que Damso est un praticien habile de la musique rap. Et généralement les comparaisons ne sont pas forcément éloquentes. Mais dans le cas où une affiliation est si épaisse, il sera tôt ou tard nécessaire pour Dem’s de se débarasser de ce spectre qui lui est aujourd’hui plus encombrant qu’utile. Et cela passera peut-être par une nécessité d’aller plus loin que ce que le rap peut offrir.

Migos, l'étendard d'une culture

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